Titre : Les Annales coloniales : revue mensuelle illustrée / directeur-fondateur Marcel Ruedel
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1929-11-01
Contributeur : Ruedel, Marcel. Directeur de publication
Contributeur : Monmarson, Raoul (1895-1976). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb326934111
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 01 novembre 1929 01 novembre 1929
Description : 1929/11/01-1929/11/30. 1929/11/01-1929/11/30.
Description : Collection numérique : Numba, la bibliothèque... Collection numérique : Numba, la bibliothèque numérique du Cirad
Description : Collection numérique : Protectorats et mandat... Collection numérique : Protectorats et mandat français
Description : Collection numérique : Bibliothèque Diplomatique... Collection numérique : Bibliothèque Diplomatique Numérique
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k9743128z
Source : CIRAD, 2016-191112
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 12/09/2016
Les Annales Coloniales
Page 5
Le puits communal de Savannakhet
mentales — que la cause coloniale a
résiste. Que ne doit-on à des Paul Bon-
netain — qui inauguraient ces grandes
enquêtes, continuées aujourd'hui de Lu-
dovic Naudeau à Ilenri Béraud, d'Al-
hert Londres à Edouard Helsey
— j'en passe — dont l'honneur revient
à des écrivains. Romanciers, informa-
teurs de maintenant l'oublient trop. Qui
donc emporte dans sa valise, pour l'Asie
ou l'Afrique les volumes de Bonnetain,
de Boissière, de Pouvourville, d'Isa-
belle Eberhardt, de Clie%,rillon ? Ce ne
serait pas un gros supplément de ba-
gages intellectuel, et quelques « moins
de quarante ans » y constateraient que
l'on a voyagé, avant leurs déplacements
diplomatiques. Oui, si les journaux se
La rizière tonkinoise, par Jos Henri Ponchin (Salon des Artistes français 1929).
sont, peu à peu, ouverts à cette co-
pie lointaine, on le doit aux écri-
vains contemporains, là-bas, des hom-
mes de la conquête, militaires et colons:
souvent les deux, des amiraux, des
généraux, des Galliéni et des Lyautey
aux marsouins restés dans le pays,
après leur libération, et qui s'y impro-
visaient entrepreneurs, industriels, COIll-
merçants. « Des phénomènes », dont
l'histoire encore vaudrait d'être contée.
Il n'y a que trente ans, et j'ai connu
l'Indochine sans femmes, sans blanches,
en 1900. La Française ne s'expatriait
pas. Il fallut Paul Doumer, pour jeter
l'exemple, avec la famille nombreuse.
En trois ou quatre ans, Saïgon était
européanisée et l'on n'allait plus à Sin-
gapour s'assurer les faveurs de la troupe
aimable.
Vieille Indochine, où c'est en « pous.
se » et en « malabar » que l'on faisait
le tour de l'inspection,. à pied et à mu-
let, que je montai à Dalat, avec Oden-
dhal; en chaise et en sampan que le
gagnai Flué, par le col des Nuages; en
pirogue, des mois, pour le Laos. Au-
jourd'hui, le chemin de fer, les autos.
J'ai pu jouir de la différence, confor-
table, en regrettant le passé, évidem-
ment, pour l'imprévu et le pittoresque
de cette « vie libre et large » vraiment...
J'ai roulé sur le rail, au Tonkin, et vers
Yunnan-Sen, avec le comte Vitalis. Et,
notre Ippolito, qui introduisit l'auto, en
Cochinchine, m'a porté, dans la pre-
mière machine qu'il a reçue, au Palais
du Gouverneur, pour dîner ; les tirail-
leurs de faction se voilaient la face avec
leur chapeau conique... Qu'allaient dire
les Chinois? Le lendemain nous étions à
Cholon ! Des gamins vinrent rôder au-
tour de la voiture sans chevaux. Les
marchands, la natte sur l'épaule, rafraî-
chissant leurs ventres moites, du souffle
d'un petit éventail, rentraient dans leurs
boutiques : a-il de jade, joue d'ivoire,
visages hermétiques. Pas une curiosité
apparente, la rue se vida.
Vieille Indochine, bateaux de septem.
bre, cù l'on tenait à honneur, de rester
en smoking-même par la Mer Rouge:
il y avait des dames ! J'y ai fait des
heureuses, et des jalouses. Oh ! ne pen-
sez pas mal. Voici : Le Journal, dont
je fus correspondant à l'Exposition de
Hanoï, en 1902, m'avait confié une car-
gaison de ces primes en nature, qu'il
distribuait alors, dan- ses concours.
A une fête du bord, je les donnai pour
la loterie : il s'y trouvait une douzaine
de ventilateurs électriques qui, le lende-
main, fonctionnaient dans les cabines
des gagnantes. Qui n'a pas son petit
vent du Nord 3
Les paquebots, peu après, s'en muni-
rent, et ils ont remplacé « le panka »,
que le boy manœuvrait du pied, dans
les demeures.
Ce fut, pour cette traversée, une jolie
réclame, pour le Journal, où il parut un
article sur douze, de ceux que j'avais
envoyés :
— Vous savez, me disaient Henri Le-
tellier et Alexis Lauze, l'Indochine, ça
n'intéresse personne!...
Jean AJALBERT,
de V Académie G or. cour t.
Page 5
Le puits communal de Savannakhet
mentales — que la cause coloniale a
résiste. Que ne doit-on à des Paul Bon-
netain — qui inauguraient ces grandes
enquêtes, continuées aujourd'hui de Lu-
dovic Naudeau à Ilenri Béraud, d'Al-
hert Londres à Edouard Helsey
— j'en passe — dont l'honneur revient
à des écrivains. Romanciers, informa-
teurs de maintenant l'oublient trop. Qui
donc emporte dans sa valise, pour l'Asie
ou l'Afrique les volumes de Bonnetain,
de Boissière, de Pouvourville, d'Isa-
belle Eberhardt, de Clie%,rillon ? Ce ne
serait pas un gros supplément de ba-
gages intellectuel, et quelques « moins
de quarante ans » y constateraient que
l'on a voyagé, avant leurs déplacements
diplomatiques. Oui, si les journaux se
La rizière tonkinoise, par Jos Henri Ponchin (Salon des Artistes français 1929).
sont, peu à peu, ouverts à cette co-
pie lointaine, on le doit aux écri-
vains contemporains, là-bas, des hom-
mes de la conquête, militaires et colons:
souvent les deux, des amiraux, des
généraux, des Galliéni et des Lyautey
aux marsouins restés dans le pays,
après leur libération, et qui s'y impro-
visaient entrepreneurs, industriels, COIll-
merçants. « Des phénomènes », dont
l'histoire encore vaudrait d'être contée.
Il n'y a que trente ans, et j'ai connu
l'Indochine sans femmes, sans blanches,
en 1900. La Française ne s'expatriait
pas. Il fallut Paul Doumer, pour jeter
l'exemple, avec la famille nombreuse.
En trois ou quatre ans, Saïgon était
européanisée et l'on n'allait plus à Sin-
gapour s'assurer les faveurs de la troupe
aimable.
Vieille Indochine, où c'est en « pous.
se » et en « malabar » que l'on faisait
le tour de l'inspection,. à pied et à mu-
let, que je montai à Dalat, avec Oden-
dhal; en chaise et en sampan que le
gagnai Flué, par le col des Nuages; en
pirogue, des mois, pour le Laos. Au-
jourd'hui, le chemin de fer, les autos.
J'ai pu jouir de la différence, confor-
table, en regrettant le passé, évidem-
ment, pour l'imprévu et le pittoresque
de cette « vie libre et large » vraiment...
J'ai roulé sur le rail, au Tonkin, et vers
Yunnan-Sen, avec le comte Vitalis. Et,
notre Ippolito, qui introduisit l'auto, en
Cochinchine, m'a porté, dans la pre-
mière machine qu'il a reçue, au Palais
du Gouverneur, pour dîner ; les tirail-
leurs de faction se voilaient la face avec
leur chapeau conique... Qu'allaient dire
les Chinois? Le lendemain nous étions à
Cholon ! Des gamins vinrent rôder au-
tour de la voiture sans chevaux. Les
marchands, la natte sur l'épaule, rafraî-
chissant leurs ventres moites, du souffle
d'un petit éventail, rentraient dans leurs
boutiques : a-il de jade, joue d'ivoire,
visages hermétiques. Pas une curiosité
apparente, la rue se vida.
Vieille Indochine, bateaux de septem.
bre, cù l'on tenait à honneur, de rester
en smoking-même par la Mer Rouge:
il y avait des dames ! J'y ai fait des
heureuses, et des jalouses. Oh ! ne pen-
sez pas mal. Voici : Le Journal, dont
je fus correspondant à l'Exposition de
Hanoï, en 1902, m'avait confié une car-
gaison de ces primes en nature, qu'il
distribuait alors, dan- ses concours.
A une fête du bord, je les donnai pour
la loterie : il s'y trouvait une douzaine
de ventilateurs électriques qui, le lende-
main, fonctionnaient dans les cabines
des gagnantes. Qui n'a pas son petit
vent du Nord 3
Les paquebots, peu après, s'en muni-
rent, et ils ont remplacé « le panka »,
que le boy manœuvrait du pied, dans
les demeures.
Ce fut, pour cette traversée, une jolie
réclame, pour le Journal, où il parut un
article sur douze, de ceux que j'avais
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— Vous savez, me disaient Henri Le-
tellier et Alexis Lauze, l'Indochine, ça
n'intéresse personne!...
Jean AJALBERT,
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