Titre : Revue des cultures coloniales
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1900-09-20
Contributeur : Milhe-Poutingon, Albert. Éditeur scientifique
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32858342r
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 5134 Nombre total de vues : 5134
Description : 20 septembre 1900 20 septembre 1900
Description : 1900/09/20 (A4,N61,T7). 1900/09/20 (A4,N61,T7).
Description : Collection numérique : Numba, la bibliothèque... Collection numérique : Numba, la bibliothèque numérique du Cirad
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6378365q
Source : CIRAD, 2012-231823
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 12/08/2013
552 REVUE DES CULTURES COLONIALES
parmi les Européens non acclimatés, et cela dans toutes les colonies tropicales ou
équatoriales. VAhouandèmè et l'Ouame s'emploient de la même façon et agissent
aux mêmes doses (1).
3° L' « Édamatone » (plante pour peser l'or, en dialecte Agni), qui est
abondante auprès d'Abidjean, aux environs de la lagune d'Ébrie, est également
répandue dans toute la colonie de la Côte d'Ivoire. C'est incontestablement l'Abrus
precatorius L., légumineuse ubiquiste dans toutes les régions tropicales, et devenue
célèbre en médecine sous le nom brésilien de Jequirity, par l'emploi de ses graines
pourvues d'un ferment soluble très actif (Abrine) contre les conjonctivites gra-
nuleuses. Or, les féticheurs de la Côte d'Ivoire en prescrivent l'infusion des
feuilles contre les coliques, et les feuilles hachées, d'après le Dr Mondon, sous
forme de topiques pour guérir les conjonctivites (maux d'yeux). Il y a dans ce
dernier emploi un rapprochement qui semblerait faire supposer que les feuilles
ont des propriétés et une composition voisines de celles dont la science de l'ocu-
listique a confirmé officiellement la réalité dans les graines de Jequirity. Il serait
donc intéressant de faire un examen comparé de la composition chimique des
feuilles et des semences, pour rechercher si l'Abrine existe dans ces deux organes'
Les indigènes sont de très bons observateurs; ils n'ont à leur disposition, pour
toute ressource thérapeutique, que le règne végétal où ils doivent trouver tous
leurs moyens curatifs. Une longue expérience leur a appris à en tirer le meilleur
profit possible, et les médicaments végétaux réputés héroïques, il ne faut pas
l'oublier, sont dus à l'observation première et à l'application empirique des abo-
rigènes : le quinquina, l'opium, Vipéca, le curare, le jaborandy, le jequirity même,
sont des preuves évidentes de ce génie spécial aux races primitives. La civili-
sation, en nous dotant d'un riche arsenal thérapeutique, tiré des trois règnes de
la nature, et même du règne psychique (hypnotisme, suggestion, magnétisme
animal), a dispersé nos forces d'observation que l'indigène des contrées non
civilisées a concentrées au contraire sur un seul point. De là sa supériorité rela-
tive. Ils en sont aujourd'hui à la période encore très rapprochée de nous où les
médecins les plus célèbres comme les Mathiole, les Clusius, les Lobel, les Bauhin,
les Tournefort étaient en même temps les meilleurs botanistes de leur époque. Il
ne faut donc dédaigner aucune des données fournies par les observations des
aborigènes, qui sont intéressés à voir juste. Un grand nombre de leurs pratiques
curatives sont souillées de superstition, mais n'avons-nous pas les nôtres dans
ce siècle de lumière? Nos méthodes de recherches scientifiques en feront justice
et nous permettront de séparer la gangue du cristal précieux.
Pour revenir à Y Edamatone, qui est connue dans quelques-unes de nos colonies
sous le nom de Liane réglisse (Antilles, par exemple), à cause de la présence de la
glycyrrhizine dans ses feuilles et dans la racine, les indigènes de la Côte d'Ivoire
n'ignorent pas cette propriété et se servent de cette plante comme matière su-
crée. Quant à la graine, qu'ils n'emploient pas en tant que remède, elle leur rend,
à un autre point de vue, les plus grands services dans leurs transactions com-
merciales. Son poids équivaut à 0 gr. 25 de poudre d'or : de là le nom déjà relaté
qu'on lui donne en dialecte Agni.
Ici s'arrête l'énumération des plantes dont l'examen m'a été soumis par le
(1) Au moment où sévit au Sénégal avec une cruelle intensité une épidémie meli;-' i-lère de fièvre
jaune, il n'est pas inutile d'appeler l'attention sur une plante commune dans cette colonie et par
conséquent sous la main des médecins coloniaux, qui pourra leur rendre de grands services dans
le traitement de cette redoutable affection qui a fait déjà trop de victimes.
parmi les Européens non acclimatés, et cela dans toutes les colonies tropicales ou
équatoriales. VAhouandèmè et l'Ouame s'emploient de la même façon et agissent
aux mêmes doses (1).
3° L' « Édamatone » (plante pour peser l'or, en dialecte Agni), qui est
abondante auprès d'Abidjean, aux environs de la lagune d'Ébrie, est également
répandue dans toute la colonie de la Côte d'Ivoire. C'est incontestablement l'Abrus
precatorius L., légumineuse ubiquiste dans toutes les régions tropicales, et devenue
célèbre en médecine sous le nom brésilien de Jequirity, par l'emploi de ses graines
pourvues d'un ferment soluble très actif (Abrine) contre les conjonctivites gra-
nuleuses. Or, les féticheurs de la Côte d'Ivoire en prescrivent l'infusion des
feuilles contre les coliques, et les feuilles hachées, d'après le Dr Mondon, sous
forme de topiques pour guérir les conjonctivites (maux d'yeux). Il y a dans ce
dernier emploi un rapprochement qui semblerait faire supposer que les feuilles
ont des propriétés et une composition voisines de celles dont la science de l'ocu-
listique a confirmé officiellement la réalité dans les graines de Jequirity. Il serait
donc intéressant de faire un examen comparé de la composition chimique des
feuilles et des semences, pour rechercher si l'Abrine existe dans ces deux organes'
Les indigènes sont de très bons observateurs; ils n'ont à leur disposition, pour
toute ressource thérapeutique, que le règne végétal où ils doivent trouver tous
leurs moyens curatifs. Une longue expérience leur a appris à en tirer le meilleur
profit possible, et les médicaments végétaux réputés héroïques, il ne faut pas
l'oublier, sont dus à l'observation première et à l'application empirique des abo-
rigènes : le quinquina, l'opium, Vipéca, le curare, le jaborandy, le jequirity même,
sont des preuves évidentes de ce génie spécial aux races primitives. La civili-
sation, en nous dotant d'un riche arsenal thérapeutique, tiré des trois règnes de
la nature, et même du règne psychique (hypnotisme, suggestion, magnétisme
animal), a dispersé nos forces d'observation que l'indigène des contrées non
civilisées a concentrées au contraire sur un seul point. De là sa supériorité rela-
tive. Ils en sont aujourd'hui à la période encore très rapprochée de nous où les
médecins les plus célèbres comme les Mathiole, les Clusius, les Lobel, les Bauhin,
les Tournefort étaient en même temps les meilleurs botanistes de leur époque. Il
ne faut donc dédaigner aucune des données fournies par les observations des
aborigènes, qui sont intéressés à voir juste. Un grand nombre de leurs pratiques
curatives sont souillées de superstition, mais n'avons-nous pas les nôtres dans
ce siècle de lumière? Nos méthodes de recherches scientifiques en feront justice
et nous permettront de séparer la gangue du cristal précieux.
Pour revenir à Y Edamatone, qui est connue dans quelques-unes de nos colonies
sous le nom de Liane réglisse (Antilles, par exemple), à cause de la présence de la
glycyrrhizine dans ses feuilles et dans la racine, les indigènes de la Côte d'Ivoire
n'ignorent pas cette propriété et se servent de cette plante comme matière su-
crée. Quant à la graine, qu'ils n'emploient pas en tant que remède, elle leur rend,
à un autre point de vue, les plus grands services dans leurs transactions com-
merciales. Son poids équivaut à 0 gr. 25 de poudre d'or : de là le nom déjà relaté
qu'on lui donne en dialecte Agni.
Ici s'arrête l'énumération des plantes dont l'examen m'a été soumis par le
(1) Au moment où sévit au Sénégal avec une cruelle intensité une épidémie meli;-' i-lère de fièvre
jaune, il n'est pas inutile d'appeler l'attention sur une plante commune dans cette colonie et par
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