Titre : L'Afrique française : bulletin mensuel du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc
Auteur : Comité de l'Afrique française. Auteur du texte
Auteur : Comité du Maroc (Paris). Auteur du texte
Éditeur : Comité de l'Afrique française (Paris)
Date d'édition : 1917-01-01
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32683501s
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 01 janvier 1917 01 janvier 1917
Description : 1917/01/01 (N1,A27)-1917/12/31 (N12,A27). 1917/01/01 (N1,A27)-1917/12/31 (N12,A27).
Description : Collection numérique : Numba, la bibliothèque... Collection numérique : Numba, la bibliothèque numérique du Cirad
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k97885087
Source : CIRAD, 2017-132476
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 17/07/2017
DË L'AFRIQUE FRANÇAISE i43
bonnes conditions et ont été accueillis fraternelle-
ment.
Il s'agit surtout de soldats faits prisonniers à la
suite du combat de Sidi-Garbaa (16 mai 1913), où
la colonne de Derna, commandée par le colonel
Madalena, qui fut tué, fut repoussée par un fort
parti de Senoussistes ; du combat de Safsai
(1er juillet 1913) et du combat de Sidi-Hussein
(18 décembre 1813), où deux compagnies de vo-
lontaires italiens furent assaillies et repoussées
en laissant une vingtaine de prisonniers.
On a annoncé le 13 mars que la France a adhéré
à l'accord conclu le 31 juillet 1916 entre l'Italie
et la Grande-Bretagne, établissant les bases d'une
action commune contre les Senoussistes (1).
SUR LE FRONT MAROCAIN
Au cours du mois de février, la situation poli-
tique du Maroc s'est maintenue bonne en tout
point. Si la nature fut inclémente, les dissidents
par contre se tiennent cois. Orages, ouragans
même, sauterelles se sont abattus sur le pays ;
mais la terre généreuse s'en est peu émue et au-
cune précision sérieuse ne porte à croire jusqu'à
présent que la prochaine récolte doive être infé-
rieure aux précédentes. Le serait-elle d'ailleurs
que la prospérité des années écoulées permettrait
d'affronter sans gêne apparente une année mé-
diocre.
Le Maroc soumis continue donc de jouir, au
sein du bouleversement général, d'un régime de
faveur.
Bien moins satisfaits de leur sort sont évidem-
ment les dissidents de tous genres, les agitateurs
de tout acabit qui s'évertuent à d'infécondes ma-
nœuvres.
Il parait qu'Abd el Malek construit des locaux
souterrains profonds pour mettre les chevaux de
ses hommes à l'abri des bombes. Le fait de servir-
les Allemands enlèverait-il au fils d'Abdelkader
le sentiment le plus élémentaire de la mentalité
indigène ? Nous aurons du mal à concevoir que
les «Imoujabidine », les soldats de la guerre sainte
à cinq francs par jour, dont se compose la mehalla
d'Abd el Malek, soient très satisfaits du régime
auquel ils sont soumis et surtout très fiers vis-à-
vis de leurs camarades de tribu restés à leur char-
rue en plein air.
Moins contraint et par' suite plus gai dans ses
gestes apparaît Raissouli. Il continue à frapper
de rudes coups aux caisses bénévoles qui se trou-
vent à sa portée. A l'heure actuelle, nous en con-
naissons trois principàles. C'est d'abord le bas de
laine des gens de tribu auxquels il dit : « Payez la
Zekkat et l'achour, payez les impôts prévus par
la loi sainte au saint homme que ie suis et ie vous
(1) Afrique française, 1916, p. 319.
éviterai l'odieux contact des chrétiens. » Aux Es-
pagnols il proclame évidemment tout le contraire.
On est moins certain de ce qu'il a pu dire aux
Allemands, mais il n'en subsiste pas moins qu'il
émarge à leur budget de guerre . Nous n'avons pas
à régard de Raissouli des ressentiments bien
amers. Il a apporté aux affaires marocaines un
tour vaudevillesque qui nous change un peu des
autres acteurs pénibles de tristesse. Il ne saurait
nous déplaire de voir l'argent allemand tomber
dans l'escarcelle du chérif. Il n'est pas de meilleur
placement à recommander à un ennemi.
Malgré tout, le calme règne sur le front Nord
du Maroc. Sur le frqnd Sud, du côté des monta-
gnards intransigeants, le mois de février nous
fut favorable sans grand effort. L'hiver a été cette
année particulièrement dur dans l'Atlas. Les
trombes d'eau qui s'abattirent sur les plaines, fu-
rent, là-haut, de terribles tourmentes de neige et
vraiment l'on est forcé d'admirer la résistance
physique et la ténacité dans l'insoumission des
tribus qui vivent en Ce rude pays. Il y a eu des
avalanches ; des douars, des troupeaux ont été
ensevelis. Les fractions se battent entre elles
pour s'arracher des pâturages, lamentables dis-
cordes inhérentes à leur genre de vie et surtout
à l'inéluctable nécessité de lutter pour vivre.
Là encore, l'influence allemande apparaît tou-
jours aussi néfaste, aussi inhumaine, en poussant
ces malheureuses tribus à une résistance insensée,
en les grisant de fausses nouvelles. C'est dans ces
mensonges qu'il faut sans doute chercher la
cause de la grande imprudence commise par la
confédération Zaïane cet hiver.
On connaît la disposition géographique spéciale
de ce bled de dissidence acharnée et les condi-
tions de vie qui en résultent pour ses habitants.
C'est d'abord une partie très montagneuse et boi-
sée, très ramassée et compliquée, formant l'un
des côtés de l'angle dont le sommet est aux
sources de la Moulouya et de l'oued El-Abid. Puis
c'est la plaine très vaste qui s'étend de Khénifra
à Ouïmes dans un sens, de Sidi-Lamine à Lias
dans l'autre et que sépare de la partie boisée et
montagneuse un Oum-er-Rebia tout différent du
calme fleuve d'Azemmour, un torrent furieux qui
bondit sur une coulée de lave.
Les Zaïans sont propriétaires des deux parties,
mais actuellement ils sont entassés dans la mon-
tagne et nous tenons la plaine pincée entre Sidi-
Lamine, Khénifra, M'rirt, Lias et Aguelmous.
D'une façon générale ils ont besoin de la plaine
pour vivre e-t surtout en hiver pour y mettre leurs
troupeaux à l'abri de la neige.
Chaque année, depuis que nous sommes ins-
tallés à Khénifra, ils s'efforçaient, quand venaient
les froids, de glisser entre nos postes et par des
ponts de fortune jetés sur l'Oum-er-Rebia, de me-
ner leurs troupeaux au pâturage dans des fonds
de vallées peu accessibles et où ils trouvaient une
retraite assez sûre. Tout un système d'espionnage
et de rekkas, de correspondance par feux allumés
sur des crêtes lointaines (où intervenaient évi-
demment par sympathie sociale des complices
bonnes conditions et ont été accueillis fraternelle-
ment.
Il s'agit surtout de soldats faits prisonniers à la
suite du combat de Sidi-Garbaa (16 mai 1913), où
la colonne de Derna, commandée par le colonel
Madalena, qui fut tué, fut repoussée par un fort
parti de Senoussistes ; du combat de Safsai
(1er juillet 1913) et du combat de Sidi-Hussein
(18 décembre 1813), où deux compagnies de vo-
lontaires italiens furent assaillies et repoussées
en laissant une vingtaine de prisonniers.
On a annoncé le 13 mars que la France a adhéré
à l'accord conclu le 31 juillet 1916 entre l'Italie
et la Grande-Bretagne, établissant les bases d'une
action commune contre les Senoussistes (1).
SUR LE FRONT MAROCAIN
Au cours du mois de février, la situation poli-
tique du Maroc s'est maintenue bonne en tout
point. Si la nature fut inclémente, les dissidents
par contre se tiennent cois. Orages, ouragans
même, sauterelles se sont abattus sur le pays ;
mais la terre généreuse s'en est peu émue et au-
cune précision sérieuse ne porte à croire jusqu'à
présent que la prochaine récolte doive être infé-
rieure aux précédentes. Le serait-elle d'ailleurs
que la prospérité des années écoulées permettrait
d'affronter sans gêne apparente une année mé-
diocre.
Le Maroc soumis continue donc de jouir, au
sein du bouleversement général, d'un régime de
faveur.
Bien moins satisfaits de leur sort sont évidem-
ment les dissidents de tous genres, les agitateurs
de tout acabit qui s'évertuent à d'infécondes ma-
nœuvres.
Il parait qu'Abd el Malek construit des locaux
souterrains profonds pour mettre les chevaux de
ses hommes à l'abri des bombes. Le fait de servir-
les Allemands enlèverait-il au fils d'Abdelkader
le sentiment le plus élémentaire de la mentalité
indigène ? Nous aurons du mal à concevoir que
les «Imoujabidine », les soldats de la guerre sainte
à cinq francs par jour, dont se compose la mehalla
d'Abd el Malek, soient très satisfaits du régime
auquel ils sont soumis et surtout très fiers vis-à-
vis de leurs camarades de tribu restés à leur char-
rue en plein air.
Moins contraint et par' suite plus gai dans ses
gestes apparaît Raissouli. Il continue à frapper
de rudes coups aux caisses bénévoles qui se trou-
vent à sa portée. A l'heure actuelle, nous en con-
naissons trois principàles. C'est d'abord le bas de
laine des gens de tribu auxquels il dit : « Payez la
Zekkat et l'achour, payez les impôts prévus par
la loi sainte au saint homme que ie suis et ie vous
(1) Afrique française, 1916, p. 319.
éviterai l'odieux contact des chrétiens. » Aux Es-
pagnols il proclame évidemment tout le contraire.
On est moins certain de ce qu'il a pu dire aux
Allemands, mais il n'en subsiste pas moins qu'il
émarge à leur budget de guerre . Nous n'avons pas
à régard de Raissouli des ressentiments bien
amers. Il a apporté aux affaires marocaines un
tour vaudevillesque qui nous change un peu des
autres acteurs pénibles de tristesse. Il ne saurait
nous déplaire de voir l'argent allemand tomber
dans l'escarcelle du chérif. Il n'est pas de meilleur
placement à recommander à un ennemi.
Malgré tout, le calme règne sur le front Nord
du Maroc. Sur le frqnd Sud, du côté des monta-
gnards intransigeants, le mois de février nous
fut favorable sans grand effort. L'hiver a été cette
année particulièrement dur dans l'Atlas. Les
trombes d'eau qui s'abattirent sur les plaines, fu-
rent, là-haut, de terribles tourmentes de neige et
vraiment l'on est forcé d'admirer la résistance
physique et la ténacité dans l'insoumission des
tribus qui vivent en Ce rude pays. Il y a eu des
avalanches ; des douars, des troupeaux ont été
ensevelis. Les fractions se battent entre elles
pour s'arracher des pâturages, lamentables dis-
cordes inhérentes à leur genre de vie et surtout
à l'inéluctable nécessité de lutter pour vivre.
Là encore, l'influence allemande apparaît tou-
jours aussi néfaste, aussi inhumaine, en poussant
ces malheureuses tribus à une résistance insensée,
en les grisant de fausses nouvelles. C'est dans ces
mensonges qu'il faut sans doute chercher la
cause de la grande imprudence commise par la
confédération Zaïane cet hiver.
On connaît la disposition géographique spéciale
de ce bled de dissidence acharnée et les condi-
tions de vie qui en résultent pour ses habitants.
C'est d'abord une partie très montagneuse et boi-
sée, très ramassée et compliquée, formant l'un
des côtés de l'angle dont le sommet est aux
sources de la Moulouya et de l'oued El-Abid. Puis
c'est la plaine très vaste qui s'étend de Khénifra
à Ouïmes dans un sens, de Sidi-Lamine à Lias
dans l'autre et que sépare de la partie boisée et
montagneuse un Oum-er-Rebia tout différent du
calme fleuve d'Azemmour, un torrent furieux qui
bondit sur une coulée de lave.
Les Zaïans sont propriétaires des deux parties,
mais actuellement ils sont entassés dans la mon-
tagne et nous tenons la plaine pincée entre Sidi-
Lamine, Khénifra, M'rirt, Lias et Aguelmous.
D'une façon générale ils ont besoin de la plaine
pour vivre e-t surtout en hiver pour y mettre leurs
troupeaux à l'abri de la neige.
Chaque année, depuis que nous sommes ins-
tallés à Khénifra, ils s'efforçaient, quand venaient
les froids, de glisser entre nos postes et par des
ponts de fortune jetés sur l'Oum-er-Rebia, de me-
ner leurs troupeaux au pâturage dans des fonds
de vallées peu accessibles et où ils trouvaient une
retraite assez sûre. Tout un système d'espionnage
et de rekkas, de correspondance par feux allumés
sur des crêtes lointaines (où intervenaient évi-
demment par sympathie sociale des complices
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