Titre : Le Monde colonial illustré : revue mensuelle, commerciale, économique, financière et de défense des intérêts coloniaux
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1930-01-01
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34459430v
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 01 janvier 1930 01 janvier 1930
Description : 1930/01/01 (A8,T7,N77)-1930/12/31 (A8,T7,N88). 1930/01/01 (A8,T7,N77)-1930/12/31 (A8,T7,N88).
Description : Collection numérique : Numba, la bibliothèque... Collection numérique : Numba, la bibliothèque numérique du Cirad
Description : Collection numérique : Protectorats et mandat... Collection numérique : Protectorats et mandat français
Description : Collection numérique : Bibliothèque Diplomatique... Collection numérique : Bibliothèque Diplomatique Numérique
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k9743247n
Source : CIRAD, 2016-192274
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 19/09/2016
- Aller à la page de la table des matièresIII
- TABLE DES MATIÈRES
- ARTS
- ENSEIGNEMENT
- ETHNOGRAPHIE
- FIGURES COLONIALES NÉCROLOGIE
- FOIRES, EXPOSITIONS
- MATIÈRES PREMIÈRES
- MINES
- MISSIONS ET VOYAGES
- PEUPLEMENT, RECENSEMENT
- POLITIQUE COLONIALE
- TOURISME
- TRAVAUX PUBLICS
- VARIA
- .......... Page(s) .......... 4
- .......... Page(s) .......... 8
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- .......... Page(s) .......... 298
- VARIETES SCIENTIFIQUES
4 - LE MONDE COLONIAL ILLUSTRÉ
N° 77. — JANVIER 1930
L'HEURE DU TRANS.SAHARIE-N
Il semble qu'elle ait sonné. La question, en tout cas,
vient de faire un pas décisif.
Le 17 décembre écoulé, la commission consultative
de l'organisme d'études du Transsaharien a examiné
le rapport présenté par M. Maître-Devallon.
Qu'est-ce que ce rapport, quelle en est la valeur,
quelles en sont les conclusions?
Ce rapport a une haute valeur technique, donnant
à l'opinion publique tout apaisement et toute sécurité.
Il s'appuie, en effet, sur la somme des expériences
acquises, des observations recueillies, critiquées,
comparées et coordonnées au cours de cinquante ans
d'explorations sahariennes et couronnées en dernier
lieu par deux groupes de missions :
Missions Niéger et Martre-DevalIon en 1913;
Missions de l'Organisme, d'études du Trans-
saharien en 1928-1929.
En gros, que dit ce rapport?
La traversée du Sahara piut, se faire suivant trois
tracés : oriental, partant du département de Constan-
tine ; central, partant du département d'Alger ; occi-
dèntal, partant du département d'Oran. Le Comité
propose d'adopter le tracé dit' «( occidental », comme
étant très nettement le moins coûteux, le plus court,
le plus facile à construire, lé moins cher à exploiter.
Les trains transsahariens passeraient par Oudjda,
où ils entrèraient en territoire marocain en empruntant
la ligne marocaine d'Oudjda à Bou-Arfa. Le Trans-
saharien proprement dit commencerait à l'extrémité
de cette ligne. Il passerait par Colomb-Béchar ou
Kénadza, desservirait les - oasis de la Saoura, du
Gourara, du Touat et se dirigerait, par le chemin le
plus direct, jusqu'au Niger, qu'il atteindrait dans
la région de Bourèm.
Là, le Transsaharien se diviserait en deux branches
et suivrait le cours du Niger, d'une part jusqu'à Ségou,
d'autre part jusqu'à la région de Niamey. Il traverse-
rait notamment de part en part les vastes provinces
que l'Afrique occidentale française se propose de
mettre en valeur par l'irrigation. Il se souderait- à
Ségou et vers Niamey aux chemins de fer côtiers.
De cette manière, le Transsaharien ferait bénéficier
l'A. 0. F. de près de 1 500 kilomètres de voies ferrées
nouvelles dans des régions que cette colonie pour
longtemps ne saurait atteindre et mettre largement en
valeur.
La longueur à construire est d'environ 3 450 kilo-
mètres, dont 1 912 dans le Sahara proprement dit
et 1 538 le long du Niger.
Le mode de traction proposé consiste dans l'emploi
de locomotives à moteurs Diesel et à transmission
électrique, de la plus grande puissance possible, ou
fonctionnant en unités conjuguées. L'emploi de ces
machines, qui ne consomment qu'une quantité d'eau
innme, permet de résoudre le problème de l'alimen-
tation en eau. Les tracés étudiés trouvent d'ailleurs
des points d'eau relativement abondants sur la plus
grande partie de leur parcours.
La vitesse envisagée pour les trains de voyageurs
permet de compter une durée de deux jours et demi
pour le voyage d'Alger à Ségou, tout en restant au-
dessous des vitesses réalisées sur les réseaux français.
Par la solution la plus économique, la dépense pour
les travaux proprement dits et la fourniture du maté-
riel ne paraît pas devoir dépasser 2 300 millions, dont
1'300 millions pour la traversée du Sahara et 1 milliard
pour les chemins de fer nigériens.
Le prix de revient moyen est de 660 000 francs le
kilomètre, y compris équipement et matériel roulant.
A cette dépense, il y a lieu d'ajouter les intérêts
intercalaires pendant la durée de construction. Cettt
durée a été estimée à deux ans de préparation et six
ans d'exécution.
Qui recevra la charge de construire et d'exploiter
le Transsaharien? s
Le Transsaharien ne saurait être, par son impor- 1
tance politique, l'instrument et la propriété d'un grou-
pement privé. Il devrait donc être confié à une société
dont les actionnaires seraient, avec l'État français,
les gouvernements de l'Algérie, du Maroc, de l'A. O. F.,
auxquels se joindraient, pour leur expérience néces-
saire, les grands réseaux français et les chemins de fer
nord-africains. Ainsi se trouveraient écartées, à la
base, les compétitions d'affaires, le Transsaharien
n'étant pas simplement une « affaire », niais une entre- j
prise nationale sur laquelle l'État doit conserver *
étroitement contrôle. et regard.
Beaucoup d'autres considérations, sur lesquelles
nous reviendrons en détail, sont examinées dans ce
rapport, qu'à l'unanimité des membres présents, la f
Commission consultative de l'organisme d'études du j
Transsaharien a approuvé. f
Un puissant romancier écrivait, il y a quelque
quarante ans : « Le Sahara sera la route de l'Europe
vers le Soudan, grenier d'abondance, lorsque la France
aura ouvert cette route, relié les provinces du nouvel
empire, fondé cette autre France démesurée, près de 1
laquelle l'antique patrie ne sera plus qu'un peu de t
cervelle pensante, le cerveau qui dirige. » Emile Zola !
aura-t-il été bon prophète?
La parole est maintenant au gouvernement. Trêve
de discussions byzantines. Il faut agir, c'est-à-dire
risquer..
M.. André Tardieu, ou nous serions fort surpris,
s'y emploiera. Stanislas REIZLER.
LE SAHARA VAINCU PEUT-IL ÊTRE DOMPTÉ V — L'AMÉNAGEMENT DU SAHARA
L'Académie des sciences coloniales avait organisé
un concours sur l'aménagement du Sahara et V avait
doté d'un prix de 12 000 francs. C'est M. le professeur
Gautier, deV Université d'Alger, qui a remporté ce prix
avec un mémoire remarquable que publie l'Académie.
Nous lé résumons pour nos lecteurs, d'une façon bien
incomplète, car il est à lire en entier. Rappelons que le
second prix du» concours fut attribué à M. Dubue, qui
est, comme leprofesseur Gautier, d'ailleurs, un collabora-
teur du Monde colonial illustré (1)..
DONNÉES SCIENTIFIQUES
[texte_manquant]
U'APPELONS-NOUS le Sahara ?
Il y a une bande centrale qui a joué à
travers, les âges le rôle de cloison étanche
entre; l'Afrique noire et l'Afrique méditer-
ranéenne. Au point de vue théorique, c'est
là le vrai Sahara, le désert par excellence,
le désert des rares oasis et du Tanezrbuft. C'est célui
où il n'y a pas de saison de pluie.
Au Nord et au Sud, le désert se prolonge par des
régions immenses qui ont des saisons de pluie. Au
Nord, c'est l'hiver qui apporte les queues d'orages
méditerranéens. Au Sud, c'est l'été où les pluies tropi-
cales, sur leur lisière extrême, prennent la forme de
tornades. Dans ce Sahara, le professeur Gautier étudie
les données scientifiques actuelles.
LES MINES. — Y a-t-il des richesses minières au
Sahara? Voilà une question qui ne peut aujourd'hui
recevoir de réponse, pour la bonne raison que l'immense
région n'a pas encore été prospectée sérieusement.
La prospection exige une somme extraordinaire d'ef-
forts individuels ; il serait absurde de dire, a priori,
que la minéralisation est partout absente. La collabo-
ration du temps, d'un temps fort long, est nécessaire
pour pouvoir oser une affirmation, même timide.
HYDRAULIQUE. — Cette question de l'eau au Sahara
domine toutes les autres. A n'en pas douter, l'eau est ,
sinon partout, du moins en maint endroit du Sahara.
Si on ne l'a pas toujours trouvée, c'est qu'on l'a cher-
chée non pas là où la géologie indique qu'elle est, mais
là où on avait besoin qu'elle fût,,pour favoriser telle
agglomération ou telle entreprise. Mais, depuis quel-
ques années qu'on suit lès conseils de la géologie,
quels succès ne remporte-t-on pas? Un seul coup de
sonde; et voici que jaillissent 45 000 litres à la minute
dans le Haut-Oued R'ir, pourtant- déjà parcouru et
exploré depuis un siècle.
Et puis, le Tanezrouft, le désert' maximum, inabor-
dable, hanté par la terreur,, n'est nullement défavo-
rable à la constitution de nappes d'eau souterraines:
Connaissons-nous même tous' les puits actuels ? La
plupart des puits sont restés très longtemps ignorés
des Européens, auxquels les indigènes les cachaient.
soigneusement. L'exemple le plus typique nous est
donné par l'admirable puits d'In Rhamman, qui a été
vu pour la première fois en 1925 par des Européens.
C'est dans le Sahara méridional que les eaux superfi-
cielles jouent un rôle énorme, puisqu'il y a là le
coude du Niger et le Chari-Tchad.
L'irrigation du Niger est en voie d'exécution ; la
(1) Le mémoire in extenso du professeur Gautier est
publié par la Société d'éditions maritimes et coloniales.
surface totale des surfaces irrigables, susceptibles
d'être cultivées non seulement en coton, mais en cul-
tures variées, pâturages compris, serait de 1 million
850 000 hectares.
Quant à la région du Tchad, elle peut offrir égale-
ment des possibilités immenses, à condition toutefois
qu'on prenne garde de ne pas laisser les eaux du
Logone aller s'écouler en pure perte dans l'Océan,
par l'intermédiaire de la Benoué, au lieu d'affluer au
lac Tchad. En effet, le Logone et la Benoué ne sont
séparés que par de faibles ondulations avec des cha-
pelets de mares ; or la Benoué a son altitude finale
au bord de l'océan, à la cote 0, tandis que le Tchad,.
qui absorbe le Logone,.a une altitude finale de 240 mè-
tres. La Benoué a donc une tendance à attirer, par
gràvitation, les eaux du Logone ; il faut parer dès main-
tenant à ce désastre possible.
VÉGÉTATION. — S'il y a une idée que le mot Sahara
évoque plus particulièrement, c'est sans doute celle
de la pauvreté végétale. C'est une idée toute faite,
c'est une idée fausse. Dans le Sahara, il faut distinguer
les oasis dans le désert proprement dit, et les cultures
de steppes dans les lisières nord et sud du Sahara.
Les oasis sont une richesse par la production des
dattes. La datte « Deglat-Nour », la datte de choix, se
vend'à Marseille 10 francs le kilogramme. Le palmier
adulte se vend 1 000 francs et rapporte de 350 à
500 francs ; l'acheteur rentre dans son capital en deux
ou trois ans. Dans les -oasis,on peut cultiver également
le blé, l'éthel, la jusquiame, etc. C'est un bouillonne-
ment extraordinaire de vie économique qui se produit
sous nos yeux dans des coins perdus du Sahara.
Quant à la steppe du Nord, des végétaux spontanés
donnent d'ores et déjà des produits d'un grand intérêt.
L'alfa, entre autres, qui pousse tout seul, sans culture
et sans frais, peut, à un moment donné, comme pâte
à papier et textile, provoquer une révolution écono-
mique de portée européenne.
Dans les steppes du Sud, dans le coude du Niger,
on peut fonder de l'espoir sur les céréales, le riz, le
ricin et enfin le coton, le coton,.espoir de l'industrie
textile française ; car c'est le coton qui est de beau-
coup la culture la plus intéressante ; les autres cul-
tures ont pour lui un caractère subordonné.
Ce qui vient d'être dit pour le Niger s'applique de
soi-même au Tchad ; ce sont des regions similaires.
Le Tchad est moins connu, les projets de mise en va-
leur sont bien moins précis. Mais nous avons sur cette
région des appréciations qui donnent les plus grandes
espérances. Le colonel Tilho constate la richesse du
sol dans la « Mésopotamie tchadienne ». Le coton est
« cultivé partout ». Et M. Reste, licencié ès sciences,
ancien gouverneur du Tchad, donne la même note qu'il
faut appeler enthousiaste par cette appréciation géné-
rale : « Le Tchad est la plus riche des colonies qui
forment le gouvernement général de l'A. E. F. i, Voilà,
dit le professeur Gautier, une idée qui était nouvelle
pour moi, et qui le sera sans doute pour beaucoup
d'autres. m
ANIMAUX SAUVAGES ET CHEPTEL. — En matière
de faune aquatique, le Sahara est riche. Les pêcheries
de Port-Etienne, dans la baie du Lévrier, donnent de
600 à 800 tonnes de poissons par mois. Quant au Niger,
sur toute l'étendue de ses 1 500 kilomètres, il
grouille de poissons à un point inimaginable, puisqu'il
*
est impossible de naviguer sur le fleuve sans que des
poissons, en sautant innocemment hors de l'eau, ne" »
retombent sur le bateau. C'est ce pullulement de vie §
aquatique qui explique les mœurs pacifiques des cro-
codiles, si dangereux ailleurs (à Madagascar, par
exemple). Au Niger, ils causent très peu d'accidents,
et partout on voit le bétail paître dans les marais, de
l'eau jusqu'au ventre. Evidemment, le crocodile du "
Niger n'a pas faim.
Pour la faune terrestre, particulièrement sur les
b.ords du Niger, et sans doute aussi au Tchad, la faune
sauvage pullule avec la même abondance absurde que la 1
faune aquatique soudanaise. On a l'impression d'un jar- |
din zoologique dont les cloisons auraient été enlevées. I
En ce qui concerne le cheptel désertique, c'est-à-dire J
le cheptel chameau, il faut avouer qu'il est dans une 1
situation grave. Le chameau est surmené, il manque §
de soins, il tend à disparaître, ce qui serait un désastre.
Quant au cheptel des steppes péridésertiques, on :
trouve des bêtes nombreuses comme individus et t:
comme espèces :1 chevaux, bœufs, moutons. Le Niger, \
dit M. Belinie, est et restera à l'avenir une terre de j
prédilection pour l'élevage. Le Tchad, dit M. Reste, J
est un pays de grand élevage. Les hauts plateaux algé- 1
riens sont voués par la nature à l'élevage du mouton. ,|
Ce ne sont pas-les animaux qui manquent, mais ils 1
n'ont pas grande valeur utile et marchande parce que /
les méthodes d'élevage sont détestables. Cela n'est pas f
la faute du Sahara, c'est la faute des populations. \
L'HOMME. — Le professeur Gautier a essayé de |
rassembler les données scientifiques sur un dernier élé- J
ment de la future prospérité du Sahara, non le |
moins important : l'homme. ï
Les conditions humaines sont très différentes dans Jt
le Sahara du Nord et dans le Sahara soudanais du ï
Sud. Dans le Nord, les cultivateurs des oasis sont ara- f
bisés ou berbérisés, mais ils sont noirs invariablement. S
On leur donne en arabe le nom de Jiaratin, qui signifie ï
« les cultivateurs ». Cette population est. rare et pro- i
bablement en décroissance. f
Au Sahara algérien, les Touareg sont des guerriers f
souverains déchus du désert, gentilshommes aptes à j
porter les armes, mais non à manier la charrue. Leur %
population clairsemée n'est pas à la hauteur des pos-
sibilités économiques. *
Sur la lisière méridionale du Sahara, les nègres *
soudanais vivent difficilement dans l'air desséché ; le
climat, froid vif et sautes de température, répugne à
leur organisation physiologique. De plus, les habitants
n'ont aucune idée des moyens de culture européenne,
et ne veulent rien faire pour se les assimiler. Le noir j
est nourri, sans effort de sa part, par les .plantes sau-
vages et les arbres de brousse,,qui sont d'une générosité
inconnue sous nos climats. L'indigène a son « lougan »,
son petit champ qu'il défonce à la houe. Le blé, le riz
ou le mil qu'il récolte sont un simple appoint aux pro-
duits alimentaires qui viennent tout seuls et qu'il suf-
fit de cueillir. Il est à peine besoin d'ajouter que le "
climat rend le vêtement superflu et réduit au mini-
mum les préoccupations de logement. Le noir ne sent
pas le besoin de travailler. j,
En somme, qu'on regarde au Nord ou au Sud, le i
personnel humain du Sahara n'est pas actuellement i
suffisant. On s'attendait bien à ne pas trouver au dé-
sert une population dense. On éprouve même quelque
N° 77. — JANVIER 1930
L'HEURE DU TRANS.SAHARIE-N
Il semble qu'elle ait sonné. La question, en tout cas,
vient de faire un pas décisif.
Le 17 décembre écoulé, la commission consultative
de l'organisme d'études du Transsaharien a examiné
le rapport présenté par M. Maître-Devallon.
Qu'est-ce que ce rapport, quelle en est la valeur,
quelles en sont les conclusions?
Ce rapport a une haute valeur technique, donnant
à l'opinion publique tout apaisement et toute sécurité.
Il s'appuie, en effet, sur la somme des expériences
acquises, des observations recueillies, critiquées,
comparées et coordonnées au cours de cinquante ans
d'explorations sahariennes et couronnées en dernier
lieu par deux groupes de missions :
Missions Niéger et Martre-DevalIon en 1913;
Missions de l'Organisme, d'études du Trans-
saharien en 1928-1929.
En gros, que dit ce rapport?
La traversée du Sahara piut, se faire suivant trois
tracés : oriental, partant du département de Constan-
tine ; central, partant du département d'Alger ; occi-
dèntal, partant du département d'Oran. Le Comité
propose d'adopter le tracé dit' «( occidental », comme
étant très nettement le moins coûteux, le plus court,
le plus facile à construire, lé moins cher à exploiter.
Les trains transsahariens passeraient par Oudjda,
où ils entrèraient en territoire marocain en empruntant
la ligne marocaine d'Oudjda à Bou-Arfa. Le Trans-
saharien proprement dit commencerait à l'extrémité
de cette ligne. Il passerait par Colomb-Béchar ou
Kénadza, desservirait les - oasis de la Saoura, du
Gourara, du Touat et se dirigerait, par le chemin le
plus direct, jusqu'au Niger, qu'il atteindrait dans
la région de Bourèm.
Là, le Transsaharien se diviserait en deux branches
et suivrait le cours du Niger, d'une part jusqu'à Ségou,
d'autre part jusqu'à la région de Niamey. Il traverse-
rait notamment de part en part les vastes provinces
que l'Afrique occidentale française se propose de
mettre en valeur par l'irrigation. Il se souderait- à
Ségou et vers Niamey aux chemins de fer côtiers.
De cette manière, le Transsaharien ferait bénéficier
l'A. 0. F. de près de 1 500 kilomètres de voies ferrées
nouvelles dans des régions que cette colonie pour
longtemps ne saurait atteindre et mettre largement en
valeur.
La longueur à construire est d'environ 3 450 kilo-
mètres, dont 1 912 dans le Sahara proprement dit
et 1 538 le long du Niger.
Le mode de traction proposé consiste dans l'emploi
de locomotives à moteurs Diesel et à transmission
électrique, de la plus grande puissance possible, ou
fonctionnant en unités conjuguées. L'emploi de ces
machines, qui ne consomment qu'une quantité d'eau
innme, permet de résoudre le problème de l'alimen-
tation en eau. Les tracés étudiés trouvent d'ailleurs
des points d'eau relativement abondants sur la plus
grande partie de leur parcours.
La vitesse envisagée pour les trains de voyageurs
permet de compter une durée de deux jours et demi
pour le voyage d'Alger à Ségou, tout en restant au-
dessous des vitesses réalisées sur les réseaux français.
Par la solution la plus économique, la dépense pour
les travaux proprement dits et la fourniture du maté-
riel ne paraît pas devoir dépasser 2 300 millions, dont
1'300 millions pour la traversée du Sahara et 1 milliard
pour les chemins de fer nigériens.
Le prix de revient moyen est de 660 000 francs le
kilomètre, y compris équipement et matériel roulant.
A cette dépense, il y a lieu d'ajouter les intérêts
intercalaires pendant la durée de construction. Cettt
durée a été estimée à deux ans de préparation et six
ans d'exécution.
Qui recevra la charge de construire et d'exploiter
le Transsaharien? s
Le Transsaharien ne saurait être, par son impor- 1
tance politique, l'instrument et la propriété d'un grou-
pement privé. Il devrait donc être confié à une société
dont les actionnaires seraient, avec l'État français,
les gouvernements de l'Algérie, du Maroc, de l'A. O. F.,
auxquels se joindraient, pour leur expérience néces-
saire, les grands réseaux français et les chemins de fer
nord-africains. Ainsi se trouveraient écartées, à la
base, les compétitions d'affaires, le Transsaharien
n'étant pas simplement une « affaire », niais une entre- j
prise nationale sur laquelle l'État doit conserver *
étroitement contrôle. et regard.
Beaucoup d'autres considérations, sur lesquelles
nous reviendrons en détail, sont examinées dans ce
rapport, qu'à l'unanimité des membres présents, la f
Commission consultative de l'organisme d'études du j
Transsaharien a approuvé. f
Un puissant romancier écrivait, il y a quelque
quarante ans : « Le Sahara sera la route de l'Europe
vers le Soudan, grenier d'abondance, lorsque la France
aura ouvert cette route, relié les provinces du nouvel
empire, fondé cette autre France démesurée, près de 1
laquelle l'antique patrie ne sera plus qu'un peu de t
cervelle pensante, le cerveau qui dirige. » Emile Zola !
aura-t-il été bon prophète?
La parole est maintenant au gouvernement. Trêve
de discussions byzantines. Il faut agir, c'est-à-dire
risquer..
M.. André Tardieu, ou nous serions fort surpris,
s'y emploiera. Stanislas REIZLER.
LE SAHARA VAINCU PEUT-IL ÊTRE DOMPTÉ V — L'AMÉNAGEMENT DU SAHARA
L'Académie des sciences coloniales avait organisé
un concours sur l'aménagement du Sahara et V avait
doté d'un prix de 12 000 francs. C'est M. le professeur
Gautier, deV Université d'Alger, qui a remporté ce prix
avec un mémoire remarquable que publie l'Académie.
Nous lé résumons pour nos lecteurs, d'une façon bien
incomplète, car il est à lire en entier. Rappelons que le
second prix du» concours fut attribué à M. Dubue, qui
est, comme leprofesseur Gautier, d'ailleurs, un collabora-
teur du Monde colonial illustré (1)..
DONNÉES SCIENTIFIQUES
[texte_manquant]
U'APPELONS-NOUS le Sahara ?
Il y a une bande centrale qui a joué à
travers, les âges le rôle de cloison étanche
entre; l'Afrique noire et l'Afrique méditer-
ranéenne. Au point de vue théorique, c'est
là le vrai Sahara, le désert par excellence,
le désert des rares oasis et du Tanezrbuft. C'est célui
où il n'y a pas de saison de pluie.
Au Nord et au Sud, le désert se prolonge par des
régions immenses qui ont des saisons de pluie. Au
Nord, c'est l'hiver qui apporte les queues d'orages
méditerranéens. Au Sud, c'est l'été où les pluies tropi-
cales, sur leur lisière extrême, prennent la forme de
tornades. Dans ce Sahara, le professeur Gautier étudie
les données scientifiques actuelles.
LES MINES. — Y a-t-il des richesses minières au
Sahara? Voilà une question qui ne peut aujourd'hui
recevoir de réponse, pour la bonne raison que l'immense
région n'a pas encore été prospectée sérieusement.
La prospection exige une somme extraordinaire d'ef-
forts individuels ; il serait absurde de dire, a priori,
que la minéralisation est partout absente. La collabo-
ration du temps, d'un temps fort long, est nécessaire
pour pouvoir oser une affirmation, même timide.
HYDRAULIQUE. — Cette question de l'eau au Sahara
domine toutes les autres. A n'en pas douter, l'eau est ,
sinon partout, du moins en maint endroit du Sahara.
Si on ne l'a pas toujours trouvée, c'est qu'on l'a cher-
chée non pas là où la géologie indique qu'elle est, mais
là où on avait besoin qu'elle fût,,pour favoriser telle
agglomération ou telle entreprise. Mais, depuis quel-
ques années qu'on suit lès conseils de la géologie,
quels succès ne remporte-t-on pas? Un seul coup de
sonde; et voici que jaillissent 45 000 litres à la minute
dans le Haut-Oued R'ir, pourtant- déjà parcouru et
exploré depuis un siècle.
Et puis, le Tanezrouft, le désert' maximum, inabor-
dable, hanté par la terreur,, n'est nullement défavo-
rable à la constitution de nappes d'eau souterraines:
Connaissons-nous même tous' les puits actuels ? La
plupart des puits sont restés très longtemps ignorés
des Européens, auxquels les indigènes les cachaient.
soigneusement. L'exemple le plus typique nous est
donné par l'admirable puits d'In Rhamman, qui a été
vu pour la première fois en 1925 par des Européens.
C'est dans le Sahara méridional que les eaux superfi-
cielles jouent un rôle énorme, puisqu'il y a là le
coude du Niger et le Chari-Tchad.
L'irrigation du Niger est en voie d'exécution ; la
(1) Le mémoire in extenso du professeur Gautier est
publié par la Société d'éditions maritimes et coloniales.
surface totale des surfaces irrigables, susceptibles
d'être cultivées non seulement en coton, mais en cul-
tures variées, pâturages compris, serait de 1 million
850 000 hectares.
Quant à la région du Tchad, elle peut offrir égale-
ment des possibilités immenses, à condition toutefois
qu'on prenne garde de ne pas laisser les eaux du
Logone aller s'écouler en pure perte dans l'Océan,
par l'intermédiaire de la Benoué, au lieu d'affluer au
lac Tchad. En effet, le Logone et la Benoué ne sont
séparés que par de faibles ondulations avec des cha-
pelets de mares ; or la Benoué a son altitude finale
au bord de l'océan, à la cote 0, tandis que le Tchad,.
qui absorbe le Logone,.a une altitude finale de 240 mè-
tres. La Benoué a donc une tendance à attirer, par
gràvitation, les eaux du Logone ; il faut parer dès main-
tenant à ce désastre possible.
VÉGÉTATION. — S'il y a une idée que le mot Sahara
évoque plus particulièrement, c'est sans doute celle
de la pauvreté végétale. C'est une idée toute faite,
c'est une idée fausse. Dans le Sahara, il faut distinguer
les oasis dans le désert proprement dit, et les cultures
de steppes dans les lisières nord et sud du Sahara.
Les oasis sont une richesse par la production des
dattes. La datte « Deglat-Nour », la datte de choix, se
vend'à Marseille 10 francs le kilogramme. Le palmier
adulte se vend 1 000 francs et rapporte de 350 à
500 francs ; l'acheteur rentre dans son capital en deux
ou trois ans. Dans les -oasis,on peut cultiver également
le blé, l'éthel, la jusquiame, etc. C'est un bouillonne-
ment extraordinaire de vie économique qui se produit
sous nos yeux dans des coins perdus du Sahara.
Quant à la steppe du Nord, des végétaux spontanés
donnent d'ores et déjà des produits d'un grand intérêt.
L'alfa, entre autres, qui pousse tout seul, sans culture
et sans frais, peut, à un moment donné, comme pâte
à papier et textile, provoquer une révolution écono-
mique de portée européenne.
Dans les steppes du Sud, dans le coude du Niger,
on peut fonder de l'espoir sur les céréales, le riz, le
ricin et enfin le coton, le coton,.espoir de l'industrie
textile française ; car c'est le coton qui est de beau-
coup la culture la plus intéressante ; les autres cul-
tures ont pour lui un caractère subordonné.
Ce qui vient d'être dit pour le Niger s'applique de
soi-même au Tchad ; ce sont des regions similaires.
Le Tchad est moins connu, les projets de mise en va-
leur sont bien moins précis. Mais nous avons sur cette
région des appréciations qui donnent les plus grandes
espérances. Le colonel Tilho constate la richesse du
sol dans la « Mésopotamie tchadienne ». Le coton est
« cultivé partout ». Et M. Reste, licencié ès sciences,
ancien gouverneur du Tchad, donne la même note qu'il
faut appeler enthousiaste par cette appréciation géné-
rale : « Le Tchad est la plus riche des colonies qui
forment le gouvernement général de l'A. E. F. i, Voilà,
dit le professeur Gautier, une idée qui était nouvelle
pour moi, et qui le sera sans doute pour beaucoup
d'autres. m
ANIMAUX SAUVAGES ET CHEPTEL. — En matière
de faune aquatique, le Sahara est riche. Les pêcheries
de Port-Etienne, dans la baie du Lévrier, donnent de
600 à 800 tonnes de poissons par mois. Quant au Niger,
sur toute l'étendue de ses 1 500 kilomètres, il
grouille de poissons à un point inimaginable, puisqu'il
*
est impossible de naviguer sur le fleuve sans que des
poissons, en sautant innocemment hors de l'eau, ne" »
retombent sur le bateau. C'est ce pullulement de vie §
aquatique qui explique les mœurs pacifiques des cro-
codiles, si dangereux ailleurs (à Madagascar, par
exemple). Au Niger, ils causent très peu d'accidents,
et partout on voit le bétail paître dans les marais, de
l'eau jusqu'au ventre. Evidemment, le crocodile du "
Niger n'a pas faim.
Pour la faune terrestre, particulièrement sur les
b.ords du Niger, et sans doute aussi au Tchad, la faune
sauvage pullule avec la même abondance absurde que la 1
faune aquatique soudanaise. On a l'impression d'un jar- |
din zoologique dont les cloisons auraient été enlevées. I
En ce qui concerne le cheptel désertique, c'est-à-dire J
le cheptel chameau, il faut avouer qu'il est dans une 1
situation grave. Le chameau est surmené, il manque §
de soins, il tend à disparaître, ce qui serait un désastre.
Quant au cheptel des steppes péridésertiques, on :
trouve des bêtes nombreuses comme individus et t:
comme espèces :1 chevaux, bœufs, moutons. Le Niger, \
dit M. Belinie, est et restera à l'avenir une terre de j
prédilection pour l'élevage. Le Tchad, dit M. Reste, J
est un pays de grand élevage. Les hauts plateaux algé- 1
riens sont voués par la nature à l'élevage du mouton. ,|
Ce ne sont pas-les animaux qui manquent, mais ils 1
n'ont pas grande valeur utile et marchande parce que /
les méthodes d'élevage sont détestables. Cela n'est pas f
la faute du Sahara, c'est la faute des populations. \
L'HOMME. — Le professeur Gautier a essayé de |
rassembler les données scientifiques sur un dernier élé- J
ment de la future prospérité du Sahara, non le |
moins important : l'homme. ï
Les conditions humaines sont très différentes dans Jt
le Sahara du Nord et dans le Sahara soudanais du ï
Sud. Dans le Nord, les cultivateurs des oasis sont ara- f
bisés ou berbérisés, mais ils sont noirs invariablement. S
On leur donne en arabe le nom de Jiaratin, qui signifie ï
« les cultivateurs ». Cette population est. rare et pro- i
bablement en décroissance. f
Au Sahara algérien, les Touareg sont des guerriers f
souverains déchus du désert, gentilshommes aptes à j
porter les armes, mais non à manier la charrue. Leur %
population clairsemée n'est pas à la hauteur des pos-
sibilités économiques. *
Sur la lisière méridionale du Sahara, les nègres *
soudanais vivent difficilement dans l'air desséché ; le
climat, froid vif et sautes de température, répugne à
leur organisation physiologique. De plus, les habitants
n'ont aucune idée des moyens de culture européenne,
et ne veulent rien faire pour se les assimiler. Le noir j
est nourri, sans effort de sa part, par les .plantes sau-
vages et les arbres de brousse,,qui sont d'une générosité
inconnue sous nos climats. L'indigène a son « lougan »,
son petit champ qu'il défonce à la houe. Le blé, le riz
ou le mil qu'il récolte sont un simple appoint aux pro-
duits alimentaires qui viennent tout seuls et qu'il suf-
fit de cueillir. Il est à peine besoin d'ajouter que le "
climat rend le vêtement superflu et réduit au mini-
mum les préoccupations de logement. Le noir ne sent
pas le besoin de travailler. j,
En somme, qu'on regarde au Nord ou au Sud, le i
personnel humain du Sahara n'est pas actuellement i
suffisant. On s'attendait bien à ne pas trouver au dé-
sert une population dense. On éprouve même quelque
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